À quoi ça ressemble de sortir avec un geek ?

L’archétype de base du geek désigne un adolescent féru d’informatique, passionné de science-fiction et de jeux vidéo au point de parfois en oublier l’hygiène. La réalité est bien souvent moins clichée.

Le geek avec lequel je sors correspond plutôt à l’ancienne définition qui désigne une personne considérée comme étrange parce qu’elle a un savoir un peu trop pointu, ou une personne tellement passionnée par un sujet qu’elle en est obsédée, ce quelque soit le domaine dudit centre d’intérêts.

La moitié de la semaine, je vis donc avec un geek old school qui a incroyablement bien caché son jeu lors de notre rencontre. Les premières semaines de notre relation, j’étais comme folle et parlais de lui en ces termes :

« Il a l’air teeeellement normal, et puis il est super intéressant, il sait plein de trucs, et en plus il a de l’humour, – un peu spécial c’est vrai, mais ça fait antiformiste. Oh regarde, il m’envoie un message pour me dire « j’ai fait 12 headshots ». Je sais pas ce que ça veut dire, mais ça a l’air cool ».

Tous les éléments démontrant la geekitude du personnage sont dans cette phrase, mais à l’époque, je ne le comprenais pas encore. Comment vit-on donc au quotidien avec un geek ? Laisse-moi te faire part de mon quotidien.

MON GEEK & LES FILMS

Est-ce que tu as déjà regardé les enfants autour de toi en sortant du cinéma après un film ? Moi, oui. Ils font tous pareil : si le film était un dessin animé entrecoupé de chansons, ils fredonnent ces dernières en yaourt. Si c’était un film d’action avec des ninjas, ils tentent de reproduire les cascades en bougeant les bras et les jambes dans tous les sens. Mon mec fait presque pareil. Le mois dernier, nous sommes allés voir Drive. Pendant quelques heures, il essayait de reproduire les dialogues entre le Driver et sa blonde. Extrait :

« Des pâtes avec ton steak, ça t’irait ?
– …
– Qu’est c’que t’en penses, dis ?
– …
– Oh, tu m’écoutes ?!
– … (sourire crispé) »

Quelques jours plus tard, on passait la soirée au pub. Il est resté 1h avec un bâton de sucette dans la bouche pour faire comme Ryan Gosling dans le film.

Dans le même genre, il m’a appelée « FEMME ! » pendant une semaine après une séance de Conan au cinéma.

MON GEEK & LA LITTÉRATURE

Mon copain est passionné de littérature française au point d’en avoir fait son métier. Il a toujours une trentaine de livres entamés, et il ne perd jamais le fil. Pas plus tard qu’hier soir, je lui ai demandé comment il percevait son rapport à la littérature pour agrémenter cet article. Voici ce qu’il m’a répondu :

« J’ai envie de dire que j’ai un contact intime à la littérature. C’est presque charnel. Je suis en symbiose avec elle ».

Je crois qu’il en rajoutait un peu, mais tu comprends l’idée. Quand un livre l’enchante, il m’en parle tellement que j’en connais toutes les issues, tous les retournements de situation.

Une fois, lorsque c’était mon tour de faire à manger et que j’étais complètement paniquée parce que je devais gérer une purée maison + un rôti + de la sauce au roquefort, il s’est mis derrière moi pour me lire des passages entiers de Voyage au bout de la nuit ou me clâmer des poèmes. Dérangée et déconcentrée, je lui ai très calmement demandé d’arrêter (« C’EST PAS LE MOMENT TU VOIS PAS QUE MON ROUX FAIT DES GRUMEAUX, LAAAAA ? »), ce qui l’a fait beaucoup rire. Résultat : mes zygomatiques me chatouillaient, et on a fini par se gausser comme des gredins en mangeant des pommes de terre à l’eau, un rôti trop cuit et une sauce en boîte. Et c’est à peu près tous les jours comme ça.

Spiritualité, 0 – Trivialité, 0 aussi

MON GEEK & L’HUMOUR

Mon mec pratique très souvent le comique de répétition à tendance absurde. Exemple : un jour, il a pris un peu de colle séchée autour du bouchon d’un bâton de UHU, l’a mis sous son nez et m’a dit « J’suis malade ». Ca m’a beaucoup fait rire. Après quoi, il a continué ce petit jeu avec tous les objets qui lui tombaient sous la main : un trombone, un stylo, un crayon de couleur, une bouteille d’eau, une bonbonne de gaz. Tout.

A l’heure actuelle, il ne s’en est toujours pas lassé.

Parfois, il a aussi un humour très pointu, très fin, sur le livre qu’il est en train de dévorer, mais du coup, je ne le comprends pas toujours. Et quand je comprends ce genre de boutade, je me rends compte qu’il a fait un gros spoiler, et que je me vois dans l’obligation de renoncer à lui emprunter.

MON GEEK & LES JEUX VIDÉO

Celui que j’appelle Bob est sporadiquement féru de jeux vidéo. Cela dit, il sait se contrôler : il joue 2h par jour grand maximum. Quand un de ses jeux m’intéresse, je lui pique souvent la manette, lui bousillant sa partie (« y a pas de sauvegarde automatique quand même ? – bah, si »).

Quand le jeu auquel il joue ne m’intéresse pas, je suis tout de même contrainte et forcée d’en apprendre un peu à son sujet.

– Et donc tu vois, les points mana, c’est des points de magie.
– Ah ouais ?
– Ouais. Et puis Ctuhlu, là, il est obligé d’être gentil pour retrouver son pouvoir magique.
– Il a plus de points mana, alors ?
– Bah non. Mais y a une sirène qui l’aide et qui en a.
– Ah bah c’est super.
– Ouais et puis ce qui est bien c’est ce [brouillard auditif]

Je ne tiens pas ce genre de conversations plus d’une trentaine de secondes, et finis donc par ponctuer mes phrases de « ah ouais ? », « cool ! », « mmh » et autres « ah bah c’est super ! » C’est un peu de l’arnaque, mais il m’aime bien quand même.

Bon, on croirait pas comme ça, mais notre couple fonctionne parfaitement de cette manière. L’avantage de sortir avec un geek de ce genre, c’est qu’on ne s’ennuie jamais : il a toujours quelque chose à dire, un livre à me conseiller, une blague douteuse à faire ou une anecdote à partager. En somme, c’est le mec le plus cool du monde, puisque c’est le mien.

 

 

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